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Edito

LECTRICE /LECTEUR,

Ne t'ai-je pas trop fait attendre cet édito que j'avais annoncé imprudemment il y a plusieurs mois? N'es-tu pas la raison d'être de toute écriture et de toute édition ? Tu es en effet la pointe indispensable du triangle auteur éditeur lecteur. J'aurais dû sans aucun doute t'accorder la première place !   Si tu viens et reviens sur ce site, c'est que tu aimes lire, que tu cherches chaussure à ton pied, un livre, des livres qui répondent à ton attente !

          Mais tant d'activités talonnent l'éditeur et en particulier celui qui est aussi, écrivain lui-même. Ce qui est mon cas. Il me faut donc de temps en temps retourner à moi-même, ne pas faillir à ma « vocation première », essayer de me glisser dans les interstices que me laisse ce travail d'édition, difficile (on ne nous aime pas partout !) et de tenir les deux bouts de cette chaîne, écrire et éditer les autres ; Hubert Nyssen lui-même ne vient-il pas de céder sa maison d'édition Actes Sud à sa fille pour retourner à l'écriture ?

Pourtant, être éditrice, c'est une démarche capitale pour moi qui ai vécu les années difficiles où la publication des oeuvres lesbiennes et gaies se heurtait à de fortes résistances, et où je restais sur ma faim c'est   combler un manque une injustice une erreur et une faute l'éthique,   car c'est faire paraître de nouveaux écrivains (lesbiennes ou gais, - même quand l'occasion s'en présente « hétéros» ). Mon expérience de quinze ans m'a appris aussi la difficulté d'imposer notre culture lesbienne et gaie et le travail incessant qu'il faut accomplir pour faire connaître, et aimer ces nouvelles ou nouveaux écrivains. Pour n'en citer que quelques-uns, Anne Michel, Marion Page, Catherine Hubert, Esther F. Françoise Astruc, Ludmilla Podkosova, Lionel Duroi, Bruno Bisaro,   Cristie Cyane et d'autres, et tant de poètes. Je les choisis en majorité français, ou de langue française de préférence(ou en toujours bilingue). Je trouve bon qu'on publie des traductions et que l'on connaisse les autres cultures, mais pas qu'on les imite, et que l'on confonde culte et culture (et souvent cul international). Les grands écrivains font partie du patrimoine de l'humanité, mais la veine française est riche, et il est bien dommage de céder à l'engouement anglo-américain, tant dans la fiction que dans la non-fiction, car il y a beaucoup d'écrivains qui produisent, écrivent bien, qui attendent d'être lus, et le méritent. Je choisis librement en fonction de mes goûts pour un lectorat qui aime la force et la qualité de l'écriture, du style, son rythme, la nervosité de la phrase, la surprise de la construction, le mouvement, et pas seulement l'histoire, l'intrigue, le suspense, qui sont importants mais ne doivent pas être systématiques, mais aussi la descente dans l'inconnu, les surprises des âmes, mais l'identification, (insensé qui croit que je ne suis pas toi) !. Un lectorat qui aime aussi la réflexion, (le récit de l'amour et l'essai libre à son sujet), et la poésie sous ses meilleures formes.   Et j'aime le faire participer au développement d'un « courant », d'un « ton », d'un « micro-univers » particuliers, ajoutant une certaine touche, un climat, une conception des rapports humains, non pas en marge mais au coeur même du courant contemporain, en cherchant pour sa part à l'enrichir de nouvelles couleurs et le vivifier, le faire se connaître lui-même mais aussi lui ouvrir des portes. Surtout pas de platitude du texte, ni de complaisance. J'aime publier des livres où se mêlent la tendresse, l'humour, l'acidité, le rire ou le sourire, la légèreté, et le goût d'une vraie vie. À la fin d'une lecture, on devrait soudain se lever d'un bond et s'écrier j'ai trouvé, voilà ce que je suis et ce que je dois faire ! j'en ai la force, j'en ai eu l'audace (ou je l'aurai !).

Je suis ainsi lectrice moi-même, et je pars aussi à la pêche aux livres des autres, goujon, perche chevesne, brochet et d'autres dont j'ai oublié le nom (mon grand père était un grand pêcheur). Je te ressemble, lecteur, car je suis l'un des tiens, je me trouve donc dans cette situation floue, complexe, mal maîtrisable, d'avoir à choisir dans la vague déferlante des livres nouveaux (nécessaires) ou classiques (ces derniers incontournables), comme devant la lave qui descend de l'Etna (j'y suis montée un jour d' esplosione ) ou la masse des matériaux charriés par le fleuve en crue ; que choisir ? Au nom de quels critères, sur quels conseils avisés, ou professionnels, donnés à titre personnel subjectifs, souvent si justes, et fiables ? Sur quelles impulsions, et quel enchaînement d'informations passées au crible de mes désirs ou de mes besoins, de mes écoutes et dans quelle urgence ? Voilà qui fait beaucoup !   Car tu es libre, lectrice /lecteur.

Nous avons la chance ou plutôt nous (nos prédécesseurs ont conquis de haute lutte le droit de la liberté d'expression et d'absence de censure), nous continuons le combat quand nous voyons s'infiltrer cette dernière sous des prétextes et des formes spécieuses. La CNIL joue sans doute un rôle efficace, mais chacun, constamment, doit être vigilant. La liberté d'expression ne doit souffrir aucune entorse. La question se pose tous les jours.

À quoi bon écrire si le manuscrit doit rester dans un tiroir ?   Mais si le tiroir est ouvert, la maison fouillée ? Les auteurs punis, emprisonnés, obligés de s'exiler, désespérés ? Mais peut-on empêcher quelqu'un d'écrire ? et peut-on s'empêcher de le faire ? À cette question, on peut donner la réponse que donnèrent les écrivaines du bloc soviétique à la Maison des Ecrivains lors d'un colloque international des femmes des années 90. Dans le meilleur des cas, « nous écrivions, voilà tout, disaient-elles, pour le tiroir, et, dans nos échanges, nous mettions l'accent sur les questions proprement littéraires ou esthétiques », sans être contraintes par les contingences de l'édition, de la critique, de la réaction et de la demande du public, du goût dominant, en raison de la censure d'Etat. Censure extérieure politique : il suffit de lire les lettres de Soljenitsyne adressées en 67/ 68, au Présidium du Congrès et aux Délégués membres de l'Union des Ecrivains Soviétiques, aux rédacteurs des journaux et revues littéraires, son discours de Stockholm quand il obtint le prix Nobel (où il n'alla pas de peur de ne plus pouvoir rentrer dans son pays) (1) : « Qui, sinon nous, écrivains, pourra porter un jugement sur nos gouvernements défaillants ? Dans certains Etats, c'est la meilleure façon de gagner son pain, (occupation de tout homme qui n'est pas un paresseux) et aussi sur le peuple lui-même sur sa lâche humiliation, sur sa faiblesse satisfaite ? ». Et aujourd'hui Talisma Naasreen, forcée à l'exil ?

Dans un tout autre contexte, relisez certaines pages troublantes de En Vol (2) de Kate Millett, où on la voit sommée par le collectif des femmes du Women's Lib de taire ou dire telle ou telle chose et qui veut lui interdire de signer son livre qui doit être « anonyme », selon la doctrine du groupe. « C'est moi qui l'ai écrit, ce n'est pas le mouvement qui parle c'est moi il y a dedans mes erreurs mes chevaux de bataille mes opinions en littérature », proteste-t-elle. J'ai connu cette époque à Paris où, lors d'une réunion politicolittéraire, (étrange mélange de maoïsme et de trotskisme), il fut déclaré péremptoirement que toute écriture devait dorénavant être collective. Quelle tension et quelle angoisse régnèrent alors dans cette salle de la rue des Fossés Saint-Jacques ! Terrible censure imposée de l'extérieur. Qui entraîne une autocensure, ou pire encore, elle finit par être tellement intériorisée qu'elle en devient un automatisme. D'un côté, le « politiquement correct », de l'autre côté, « l'Index » (de l'Eglise), qui excommuniait et qui, même supprimé officiellement, joue encore en sourdine contre tel ou tel écrivain/e) ou telle revue, ainsi la pression actuelle contre la laïcité joue pernicieusement dans les esprits et les écrits.   Le Goulag ou l'Inquisition. Le livre Ma soeur mon amour (3), (l'amour lesbien dans les couvents américains dans les années 85), qui est un best-seller international et que j'ai édité en France en 1990, a été boycotté par toute la critique. Sujet jugé trop dangereux. Non, je ne remonte pas au déluge, on retrouve aujourd'hui les mêmes phénomènes que du temps des anciennes censures, ceux concernant les homosexualités, quand ils ne sont pas vus sous l'angle sulfureux ou simples variations érotiques d'une société libérée de tout complexe.

Ces censures sont plus confuses, brouillées, insidieuses mais tenaces : tant d'autres paramètres ont été créés au nom des sciences humaines et sociales, certains autres, au nom d'une idéologie : l'adoption du queer et du porno   sous peine d'être accusés de romantisme et/ou de niaiserie. D'autres encore d'origine politico-religieuse, mais venant d'autres religions, intégrismes nouveaux contre intégrismes anciens.      Ta liberté est précaire lecteur tu dois te battre pour la sauvegarder. La « lecture critique » peut t'y aider, mais lis aussi la presse, compare, regarde aussi la télé, les télés, veux-je dire, pour en décoder le système de fonctionnement, lavage de cerveau ou information honnête, emploie toutes les sources d'information qui sont à ta disposition. Mais ne lâche pas pour autant le livre.

Nous sommes heureusement sortis de la civilisation du » Livre », culture archaïque, machine à formater tous les esprits, livre unique et sacré, intangible source de toute vérité, mais qui trop souvent a bâillonné des pensées hétérodoxes, originales, frondeuses, fécondes, pour créer celle « des livres », des oeuvres personnelles, individuelles,   qui portent témoignage, lancent un appel à la découverte, à l'élargissement des points de vue et des horizons, provoquent le dialogue, et la confrontation et nous offre un miroir pour que nous nous connaissions mieux nous -mêmes et apprenions les uns des autres, nous questionnant, en toute honnêteté intellectuelle et non sous influence, les un/es les autres. « J'écris pour agir » disait Voltaire.

  On voit l'importance de l'écriture et de l'édition qui permet la multiplication des contacts. Chacun, partant de sa lecture individuelle, peut mieux comprendre la société le monde, soi-même et peut lui donner la force de vouloir changer ce monde, vers plus d'intelligence, de compréhension des phénomènes et plus de bonheur. Cette place et ce temps sont irremplaçables pour la réflexion, qui te dégage de la répétition, du « par coeur », de la soumission, de la crédulité, des idées toutes faites, des manipulations, des slogans, de la séduction de l'image (encore que tu puisses dans n'importe quelle émission de télé, apprendre à « lire » les tempéraments les caractères les intentions cachées sur les visages et dans les attitudes et les gestes, la radio donne toute l'importance à la voix, le livre aux signes qui renvoient à tes images propres) Il n'y a pas que la misère sexuelle, il y a la misère de l'esprit du coeur de l'imagination, une misère de l'intelligence, mais aussi la misère de beaucoup de contenus  

Car que vois-je trop souvent ?

On te (nous) flatte, on te déploie le tapis rouge devant nous, à moins que l'on agite le célèbre chiffon rouge sous les yeux et si possible bariolé de photos en couleurs   aguicheuses, de gros caractères bien voyants. On nous prend pour des nigauds, qui ne comprendrait une histoire que si elle était simplifiée, préparée comme les petits pots pour bébé, pour que tu ne te casses pas les dents ou la tête (alors que tu as les deux bien plus solides que l'on ne prétend), ou un message que s'il est vulgarisé par le biais de polars, de fictions sentimentales, ou parabolesques ou encore obstinément cul -centrés ou insolemment jeunistes. Le mot « intellectuel » devient « intello », devient un repoussoir, comme si penser était hors de ta portée, et que tu doives t'en méfier. Mais les intellos, eux, il faut bien le dire, emploient souvent le jargon le plus distancié, le plus conceptualisé (ou abscons), on dit au béotien, qu'y comprendrez-vous ? Car c'est une chasse gardée et le plus politiquement correct (et attention ! selon les coteries, le contenu du politiquement correct est absolument variable, voire strictement contradictoire, et malheur à toi si tu trompes de gourou, l'anathème et l'exclusion ne sont pas loin. Mais, comme, non prévenu, tu t'exprimes naïvement, tu seras la première victime des « zélées acolytes »(4). On t'entraîne donc à juger uniquement d'un certain point de vue idéologique, en te laissant à toi le soin de situer le texte et son message, en fonction des positons littéraires ou politiques etc de l'écrivain. C'est donc un apprentissage passionnant à faire et qui ne s'arrête jamais. Ne pas être dupe, voilà un des premiers conseils à donner au lecteur

Et, à un niveau beaucoup plus matériel, tu seras victime de la nécessité commerciale, allons Pivot un effort, ne soyez pas vieux jeu : l'audimat, la marketing, la vente, la publicité : avez-vous vu Bernard Pivot se vendant lui même « à la télé » dans le flash d'un homme à l'allure dégagée, debout, en mouvement, dans le vent marchand ? J'aurais honte. Il semblait gêné de faire directement sa publicité

Mais si tu dois être averti, lucide, sans noircir le tableau, goûte aussi le pouvoir d'évocation, le plaisir de lire, laisse-toi emporter par ton émotion. Laisse -toi aussi aller au plaisir de la découverte s'il s'agit d'essais. Tant de rencontres débats publics ont lieu, tu peux rencontrer les auteurs, ose poser des questions.

  Mais, lesbienne ou gai, tu ne trouves pas toujours ce que tu souhaites, qui serait pour toi un miroir, un choix une explication, une dénonciation, des univers amoureux qui correspondent à tes désirs. des peintures de moeurs, tirés du réel, aux différentes époques et dans différents pays, des comédies, des analyses. Ta situation est moins difficile que celle d'un opposant dans un pays totalitaire, mais n'il y a peu que s'est développée une écriture qui ne biaise pas, qui ne t'oblige pas à décoder et ne te fausse donc pas. Elle est encore attaquée violemment, directement, bassement mais aussi d'un façon insidieuse perfide, et d'autant plus dangereuse.   Tu as à te frayer un chemin plus difficile, cette difficulté propre s'ajoute à toutes celles dont je t'ai parlé plus haut, celle des choix partisans, des pressions commerciales, ou idéologiques. Tous les écrivains gais et lesbiennes ne sont pas des saints/es et cherchent aussi parfois à te complaire. Nobody is perfect .

Ainsi, s'agissant de notre univers amoureux, il y a eu une telle multiplication des progrès, dans la création les traductions ou les rééditions en vingt ans, que tu peux avoir des informations : par les librairies elles-mêmes, par des magazines, par les sites (y compris le nôtre) tu peux te faire ta propre bibliothèque. Et si on ne répond pas à ta demande d'information dans beaucoup trop de librairies, réagis. Comment ? Devant le refus, la maussaderie de certains libraires qui peuvent te regarder de travers prendre des mines choquées, pense que tu es dans ton droit, tu es protégé/e par notre apparition sur la scène publique littéraire, par nos émissions sur diverses radios à Paris et en province, par pinktv qui amorce une ouverture culturelle pas uniquement dans le vent du jour, par des soirées lors de festivals, (par exemple Ex æquo, à Reims en novembre, Lesbigai à Aix au printemps, idem à Grenoble, à Lille entre les Flamands roses et les GKC, le Rainbow   Expo et beaucoup d'autres salons), la plupart sont publics, tu trouveras aussi de nombreux groupes, des magazines,   des maisons d'accueil (comme l'Impatiente et sa bibliothèque près d'Amiens, d'autres dans le Gers et ailleurs encore), il existe des guides, des sites ; l'un dans l'autre tu obtiendras peu à peu assez d'infos pour pouvoir naviguer à l'estime mais intelligemment. Car, si j'ai créé cette maison d'éditions c'est   bien parce qu'il n'y avait en 89 aucune édition lesbienne et/ou gaie. Quelle floraison depuis.   Aujourd'hui nous sommes près d'une dizaine ! tu as enfin l'embarras du choix. Qu'on l'appelle communauté ou réseaux, peu importe, il ne s'agit pas de te piéger, de t'enfermer, mais au contraire de t'ouvrir à de nouveaux univers mentaux, affectifs, sexuels, culturels. Tu peux te partager entre plusieurs univers !

Eh ! toi !, lecteur (5) hétéro, ne prends pas la poudre d'escampette ! Nous autres, nous nous sommes nourris de littérature hétérosexuelle(celle qui s'est cru et voulu « normale », universelle et nous n'en sommes pas morts, nous avons appris beaucoup de choses. Tu pourras certainement trouver des choses nouvelles chez nous, nous ne formons pas un cercle fermé jalousement où peureusement sur nous-mêmes (tu vois que j'évite le mot ghetto absolument inadéquat) et nos histoires, nos moeurs nos manières d'aimer et de vivre ne sont pas réservées à des initiés, à une « secte, » ni un clan, et rien d'humain ne doit nous être étranger, ni aux un/es ni aux autres.

Lecteur lectrice, tu as bien lu, on devrait s'adresser à toi au singulier et non à un supposé troupeau bêlant en choeur comme dans Rabelais et se jetant donc à la mer à la suite du premier mouton qui y fut jeté par malveillance pure.

Non que je prête aux médias, aux critiques, aux libraires, aux intérêts et prétendues nécessités politiques et économiques ou culturelles du marché une malveillance délibérée et systématique à ton égard, encore que la concurrence soit si rude que plus d'un pense que beaucoup de coups sont permis, que le confrère est plus souvent considéré comme un concurrent plutôt que comme un allié, et que les idéologies conduisent encore et toujours à des langues de bois ; tu es comme devant un fleuve plein d'herbes inconnues   où tu as peur d'être pris, mais dans lequel tu as envie de plonger et de nager, pour goûter à cet autre monde, reflet déformé, ensorcelant et libérateur, révélateur de ton moi profond ou exploration du monde de la société qui t'enserre et des êtres que tu côtoies, et dont tu n'as pas toutes les clefs. Car la vie courante, quotidienne, avec toutes ses obligations, ne t'ouvre pas assez d'horizons.

Cependant je ne tomberais pas dans l'idolâtrie de la littérature aux dépens de la vie. On le voit trop souvent dans les pages littéraires de certains quotidiens. Il n'y aurait de vrai de refuge, de salut que dans l'écriture !

Il y a du vrai le conseil de Gide dans «  Les nourritures terrestres » : Nathanaël, jette ce livre ». Car « livre » peut conduire à « livresque » ; or il convient de vivre, vivre est primordial : savoir aimer, dans tous les sens du terme, tenir une place active dans la société, donner un sens à ses choix,   voir le beau, le multiplier, détecter le mal, le diminuer, la souffrance etc. Oui, plonge dans la vie, fais toutes tes expériences, ose. Mais un livre peut être aussi la clef pour ouvrir, ou enfoncer des portes. S'il faut que tu sois averti/e de ce qui se passe en amont   du livre pour que tu ne prennes pas pour argent comptant tout le « discours d'escorte » (ou paratexte)   qui annonce et accompagne le livre que tu feuillettes, et que tu connaisses toutes les techniques de vente mises au point pour te pousser, toi, lecteur potentiel à acheter, ayant appris à choisir et t'en servir, le livre peut t'être un compagnon de route, même si sur le moment tu ne comprends pas pourquoi tu reviens sans cesse pendant une période au même livre et que tu le lis sans relâche avidement.

 

Ainsi, pendant qu'éditeurs, diffuseurs critiques représentants libraires, comme des divinités tutélaires s'affairent pour sortir du néant une oeuvre inconnue, pour toi et tous les individus qui sont d'autres « toi » différents et que, toi, tu vaques à tes affaires, un jour tu   as eu envie de lire. Tu es entré dans une librairie une bibliothèque à la recherche de cette nourriture si particulière.

De quoi a envie cet X, qu'on appelle le lecteur ? Avoir un objet transportable, un peu singulier, fait de feuilles de papier, contenant un récit,   un texte, des idées, des raisonnements, ou des enchaînements de faits tout à fait surprenants, ou étrangers   ou qui te correspondent. A une attente, qui n'était même pas dite. Désir d'évasion, de fiction de fantastique, de quotidien, tableau de moeurs   où tu te retrouves avec peut-être des solutions qui t'ouvrent des passages, des situations qui t'émeuvent

Savoir que tu peux arrêter quand tu veux où tu veux relire tout d'une traite ou un seul passage, la fin d'abord et pourquoi pas. Que tu peux lire dans le bus, le train, en travaillant entre deux clients, dans ta voiture à l'arrêt (ça vaut mieux), sur ton lit, sans autre règle que ton bon plaisir, sans avoir de compte-rendu obligatoire   à une date donnée comme au lycée ou à la fac, sans délai particulier. Tu vas à la Fnac, Virgin,   Monoprix, Cultura, tu passes, devant une librairie, tu oses entrer, tu feuillettes, parfois tu peux t'y asseoir, boire un thé. Tu vas à la bibliothèque municipale, tu vas même à des Salons celui du Livre, de l'Autre Livre,

Bien sûr, tu as des amis, le bouche à oreilles fonctionne très bien, tu lis quelques journaux, tu vois quelques émissions culturelles. Mais rien ne se fait magiquement, et tout se fait en claquant des doigts. Il faut du temps, un temps ni mesurable ni prévisible, pour que progressivement tu te formes le goût le jugement, que tu te crées tes critères bien personnels. Personne ne peut l'exiger de toi sinon toi-même, combler des ignorances, corriger parfois   tes préjugés, tes impressions infondées, affiner ta lecture, saisir des sens que tu n'avais pas prévus et en somme à te faire une bibliothèque personnelle dans le désordre (c'est-à-dire l'ordre qui est le tien   et pas forcément celui de l'autodidacte de Sartre dans la Nausée qui commence par la lettre A... et continue dans l'ordre alphabétique car il est méthodique ! ).

Si tu as acquis une culture dans tes études ces situations ne sont sans doute pas les tiennes, tu as cette chance ; mais, attention !, ton risque ne vient pas alors de ton ignorance mais peut-être d'un excès de connaissances jugées indispensables par des écoles dont des systèmes de pensée sont extérieurs à toi, il te faut revenir à tes propres exigences, savoir trier, rejeter, opter pour ta fantaisie propre, ton imaginaire.

Toi, lecteur spontané, tu vas apprendre sur le terrain, n'aie pas peur si tu ne comprends pas tout tout de suite, ce cheminement dure des années, toute la vie même.

Tantôt tu veux un essai tantôt un roman (une fiction comme on dit maintenant) des poèmes, une BD, un livre d'art, un livre anglais japonais russe espagnol. Dans cette forêt où tu es entré/e, tu peux prendre des chemins et t'y perdre. On a beaucoup parlé du plaisir du texte ou de sa jouissance, ne te préoccupe pas trop de ces excès de nuances et de subtilités, il n'y a ni lois ni règlement encore dieu merci, qui ordonne au lecteur telle ou telle méthode de lecture ; laisse-toi aller, improvise.

  L'essentiel est d'avoir la clef, la conscience, le sens de ce que es en train de faire en lisant, en cherchant et choisissant tes livres, tes auteurs, ton univers littéraire.

Ne lis surtout pas pour te « cultiver », mais pour mieux vivre avoir une représentation de toi et des autres dans l'histoire dans ce vaste monde. C'est un travail jamais achevé rassure-toi. Le monde n'est pas simple il faut le déchiffrer à l'aide des autres dans le dialogue et l'observation directs mais aussi dans la lecture d'histoires inventées par d'autres   qui les ont écrites. N'hésite pas à noter sur les livres, à souligner, (sauf s'il s'agit d'un livre d'art, bien entendu d'une édition rare) Le livre est aussi un cahier où tu peux noter au vol tes propres réflexions, des références ; tu y reviendras plus tard. Tu pourras dialoguer alors avec celui que tu étais au moment de la lecture, au cours de ton histoire propre

pour ma part, je ne crois pas avoir cherché à t'appâter ; on a dit parfois que mes livres sont difficiles, je te dirai :ils sont pour les difficiles, les amateurs. 

  Va de rayons en rayons, feuillette, suis ton caprice, tu n'imagines pas les heures que j'ai passées à Beaubourg, dans les librairies, aux étalages extérieurs, en allant au feeling, à l'intuition.   Fais ton miel propre. Va et viens, arrête-toi sur ce site, reviens-y, va en voir d'autres, compare, les villes ont des squares, des cafés, des bibliothèques, des bancs, fais-toi ton propre itinéraire. Bon Vent !

Geneviève Pastre 17 12 2005

        

(1) Les droits de l'écrivain , Soljénitsyne coll. Points -Seuil 1974

            ( 2) EN VOL , Kate Millett, Stock, 1976

(3)  Ma soeur mon amour  traduit (éd.GPastre) de l'américain :  Lesbian nuns breaking silence 

( 4) selon l'heureuse expression de Monique Wittig (si mal connue, prise parfois à contresens), dans son dernier ouvrage «  Paris -la -politique  »,P.O.L.1999

           

(5) Note sur la marque du masculin /féminin: il existe plusieurs façons de « préciser » masculin et féminin si tant est que ce soit nécessaire de les « marquer ». cf . le Nouveau manuel d'orthographe , G. Pastre (dans mes propres éditions)   et voir aussi la note en tête de Paris-la-politique.

 

 

 

 

                                                                                                   

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UNE FEMME EN APESANTEUR
Geneviève Pastre

Editions Balland le Rayon/Les Modernes. 23 €

 

« Je savais, toute enfant, que j’aimais le corps, la grâce, le visage féminin... Je fus apparemment vaincue aux alentours de mes 24 ans. Mais je me débattis exactement comme quelqu’un qui se noie et depuis lors c’est une joie constante, en dépit des douleurs que comporte toute vie, en même temps qu’un sentiment de force inaltérable de m’être trouvée, d’avoir trouvé les femmes, et de savoir que c’est ce qui me fait vivre, agir, penser, rire, écrire, aimer et, du même coup, pouvoir penser le monde."

 

«Depuis plus de vingt-cinq ans, Geneviève Pastre, agrégée de l’Université, poète, dramaturge d’avant-garde, éditrice (a fondé en 1989 la première maison d’édition lesbienne), participe à sa manière, c’est-à-dire très activement, aux luttes lesbiennes, féministes et gays. Dans ces Mémoires, elle nous raconte brièvement son enfance et son désir de devenir danseuse, parcourt tous les mouvements dont elle a fait ou non partie et n’hésite pas à dire leurs quatre varités à certaines et certans ainsi qu’à faire des mises au point. Bravo. Mémoires qui devraient intéresser toutes les générations puisqu’il s’agit de passé, de présent voire de futur.
Une femme en apesanteur est composé de quatre parties :
. 1956-1976 « D’abord re(de)venir soi-même »
. 1976-1978 « Une révolution copernicienne, une traversée houleuse, riche en péripéties, en ombres et en soleils »
. 1978-1989 « Un nouvel univers»
. 1985-1995 « La voie personnelle. L’écriture, la littérature (les Octaviennes et l’édition), la philosophie, la volonté politique, et beaucoup d’autres choses
S’ajoute à ces quatre parties une postface « Hier et aujourd’hui ».

Ces Mémoires d’une femme très cultivée qui s’est heurtée à de nombreuses difficultés (mais plus on est active plus on en rencontre) auraient pu être rébarbatives, or elles se lisent avec intérêt et plaisir : on y rencontre pas mal de monde connu ou méconnu, pas mal d’événements et de mouvements, un certain nombre de réflexions personnelles qui ne laissent pas indifférentes. Et puis Geneviève Pastre ne manque jamais de revenir sur des notions simples telles que l’amour, qui doit se vivre comme on l’entend, quel qu‘il soit, l’humaine tendresse, la solidarité.
En refermant ce livre (…) on est est subjugée par la vitalité de l’auteur si présente au monde et l’on médite ces phrases finales : « Mais nous brûlons de deux flammes différentes, nécessaires, la poésie (pour moi, ou l’art en général), l’expressoin la plus rebelle, la toute singulière, à la limite de toute communication, la plus inutile, faite juste pour être lue, dite, mais qui déclenche l’attitude ou la vertu poétique, au plus simple degré, la main sur la paroi, ou le tag, jusqu’à la forme la plus complexe, et de l’autre l’attention aux formes fixes de la vie imposées par les nécessités de la survie et les structures d’espace de vie, cité, tribus, pays, nation, communautés régionales, continentales et intercontinentales, internationales : la politique. (….) De cette phrase, “il faut tester l’utopie ”, j’en suis à “tester”.
Nous sommes un certain nombre à s’y être décidés. Mais un pied dehors, un pied dedans.
(…) Ne pas se laisser enclaver. Notre première expérience forte pour une bonne part d’entre nous a été celle d’un désir non reconnu, mais si fort, si évident, si bon, que nous nous sommes plantés sur notre refus et que nous avons choisi le risque de vivre.
” Un livre intéressant, à lire donc.
Jacqueline Pasquier, LESBIA Magazine n° 217, octobre 2002

Femme actuelle
«Figure incontournable du monde lesbien, l’écrivaine et philosophe, poétesse, danseuse, éditrice etc -, Geneviève Pastre nous livre, avec Une Femme en apesanteur, à la fois une autobiographie (découverte de l’amour des femmes incluse), et un regard provocateur sur les mouvements homosexuels et féministes des vingt cinq dernières années. (...) les rappels historiques sont salutaires et les coups de griffe de Geneviève Pastre ne manquent pas de chien. Une femme en apesanteur vaut pour sa juste reconstitution de ce dernier quart de siècle, nous donnant même des bases pour, selon l’expression consacrée, “un avenir meilleur” ».
B.L
TÊTU juillet-août 2002

" Rares sont les gens qui pensent, depuis Diogène, et osent écarter
Alexandre
".
«Il y a bien quatre ans que j’ai commencé ces " humeurs " et j’espère ne pas
vous avoir toujours ennuyés. Prêcher dans le désert ce n’est pourtant pas
une vocation et je n’ai pour ma part aucun fantasme sur les robes
catholiques ni aucun dédain pour les provinciaux et les lesbi-gais
ordinaires autrement appelés par certains, le désert.
Mais je suis quand même heureux quand je me sens complètement en phase avec
une idée, un comportement, une militance, une vie qui s’exprime, se décrit,
se questionne, surtout s’ils émanent d’une " Femme en Apesanteur ", une
lesbienne toujours dans l’action, la réflexion, la dérision et l’écriture :
Geneviève Pastre qui vient de sortir ses Mémoires chez Balland/Moderne,
merci parfois Mr Dustan !
Dans ce Marais où il n’y a plus une plume qui ne soit Queer pour vous
remâcher les concepts usés de la relation homme/femme, ça fait du bien de se
fondre un moment avec une personnalité lesbienne qui mène son petit bonhomme
de chemin entre féminisme généreux et lesbianisme radical, paillettes de
gais et crasses de "pseudo-outé de droite" ou de sectaires gauchistes,
dans un amour toujours étonné de la danse, du théâtre, de la radio, de
l’écriture, de l’édition, de la poétique ( je sais bien qu’elle préférerait
le terme poétance ), sans pouvoir, sans dédain, sans oubli ni des autres ni de
soi : " Que m’importe pour vivre que nous soyons dix ou douze pour cent de
la population, du moment que je pouvais répondre aux questions que je me
posais pour vivre.
" (p 175).
Il n’y a pas d’angélisme dans une vie pareille, mais le témoignage d’une autre militance sans le poids écrasant du phallocratisme-roi ou la menace de la verge paternelle. Les gais et les hommes en général ont tellement à apprendre là-dessus, à comprendre comment tous nos actes et nos actions sont trempés dans le Vir de notre chromosome X, de notre violence, de notre
fatuité, de nos guerres…
Nous, les hommes – par les lesbigais ?- nous poserons-nous un jour, la question de notre oppression, mettrons–nous un doute dans notre virilité si meurtrière ? Assumerons-nous la nécessité d’une réflexion sur l’oppression des femmes ? Pas seulement sur les signes les plus marquants –mais si déjà c’était le cas !-, l’excision, le voile, les conditions sociales et politiques…, mais aussi au cœur de nos couilles, de notre larynx, de notre cerveau, sur nos misogynies et nos lesbophobies les plus apparentes ou les plus insidieuses ?

Cela fait 25 ans que je suis entré en militance homosexuelle, et j’avoue n’avoir commencé cette réflexion sur moi-même qu’il y a que quelques années, en fréquentant les groupes mixtes lesbigais : parce qu’en tant que mâle je suis viscéralement misogyne, et qu’il faut d’abord bien se le dire et en
comprendre la pertinence avant de vouloir –sinon pouvoir- changer.
Des écrits comme celui de Geneviève éclaire cette autre vision du monde, ce chemin de joie débarrassé des carcans de l’oppression, un chemin infinimentsensuel, féminin, joyeux et pourtant engagé.
« Devant un miroir j’osai me dire, à voix haute : Oui, c’est moi, telle que je me suis faite et même si je n’ai plus le visage lisse des vingt ans, ni la souplesse d’un corps jeune, je peux me saluer avec respect, je me suis battue, je n’ai pasdémérité, je suis quitte. Comme j’avais dit à mon amante, aux premières
heures si joyeuses et éblouissantes de notre rencontre : “ Je peux mourir
maintenant, ça m’est égal
". » (p 41).

Quelques extraits : " J’aurais vécu un bonheur caché, tranquille, mais je
voulais plus ; j’avais éveillé le besoin de savoir et de donner toute sa
place à une femme que j’aimais. Le voile se déchira, sec, et pour toujours :
il ne servait à rien de louvoyer, de croire qu’on pouvait s’en sortir seul
sans ouvrir le débat public, sans vivre frontalement le conflit avec la
société, sans analyser et rejeter comme indigne de soi cette masse confuse
de faux raisonnements, de sophismes, d’accommodements jésuistiques, ou puisés
dans le bon sens populaire bon enfant, " Puisqu’on est faite comme ça ! "
que j’ai plus d’une fois entendu.
(…)
J’avais, depuis toujours, su que j’étais dans le vrai. Je n’avais essayé d’ailleurs (l’hétérosexualité note : JA) que sous la pression générale et je m’étais vite aperçue que l’on m’avais trompée. Au point que j’avais essayé de me tromper sur moi-même. C’est cela que je ne pouvais pardonner à la société. " (p 20).
" Je hais la discipline d’un parti, tel que j’en vois fonctionner autour de moi, de tout groupe quand il écrase l’individu, je ne crois pas à un système de pensée qui m’aliène et que je serai chargée d’appliquer, je veux réfléchir librement par moi-même et décider par moi-même ! " (p 53).
Le FHAR : " le pavé de l’homosexualité dans la mare gauchiste " (p 69).

« J’appris mieux ma géopolitique féminine et féministe. J’avais manqué le Fhar et les Gouines Rouges, eh bien ! ce n’est pas dramatique, je n’ai pas assisté, non plus à la Révolution de 48 ni à la Commune ! Mais on s’en remet vite. On peut toujours, et à tout moment, dieux et déesses merci, entrer dans le courant de l’Histoire, car, de toutes manières, on prend toujours le train enmarche, puisqu’il a commencé depuis que l’homme existe, chaque génération fait cela ! Et je ne jouerai jamais les anciennes combattantes, héroïques, intrépides, les premières, qui racontent leur Grande Guerre, en fumant la pipe ou tricotant sur leur Internet au coin de la cheminée de leur maison de campagne, mais ne font que la revivre, et se laissent distancer par leprésent. Ce n’est pas ainsi qu’il faut vivre, s’il faut savoir ce qui s’est passé avant, ce n’est pas par nostalgie, ce n’était jamais "le bon temps",
c’est pour mieux comprendre le présent, et agir sur lui. Les commémorations ? Non.
Impressionner les jeunes en leur faisant des récits d’un inaccessible et merveilleux passé, le Mythe fondateur ? Non. La mémoire est nécessaire, comme la colère, pour la réflexion, pour qu’une synthèse puisse succéder à une autre synthèse par analyses successives, enchaînées ou contrastées. La fidélité pour elle-même est suspecte, il faut qu’elle soit fondée sur des valeurs, passées au crible de la réflexion puis, le cas échéant, acceptéesen tout ou partie. "
(p 91).

Sur Simone De Beauvoir : " Je ne comprend pas le culte qu’on lui voue encore. " (p 123).
Notons que dans la revue Désormais elle a écrit sous le pseudo de Fulvie. (p 141). Un petit vœu pieux pris pour une réalité : " Les gais qui sont, avec le temps, sortis de leur spécificité et luttent ouvertement pour les causes plus larges, contre toutes les formes de racisme, de fascisme. " (p 209). " Ils ne parvenaient pas à me classer vraiment et ils doutaient un peu. Car ils ne cherchaient pas à me connaître. Ils étaient à la recherche de divinités toutes faites. Rares sont les gens qui pensent, depuis Diogène, et osent écarter Alexandre." (p 269). "
Celui qui a osé, ose, osera dire que le mouvement gai et lesbien, le volet ou versant conscient de la communauté qui s’est donné, entre autres, pour tâche de rechercher notre mémoire, n’a pas d’importance, qu’il suffit de se faire accepter de son voisinage et de se faire couleur de muraille ou pire, que le développement des commerces gais aurait suffi, est insensé, irresponsable. " (p 296).»

Jacques Ars




Portrait de Geneviève Pastre paru sur illico.com
(16 décembre 2003)

Geneviève Pastre, éditrice-militante
Geneviève Pastre a participé au mouvement gay de son émergence à aujourd‚hui. Elle nous raconte tout dans ses mémoires, "Une femme en apesanteur". Rencontre à son domicile, autour d'une tasse de thé
Par Tim Madesclaire

"Ce livre, je l‚ai écrit comme ça venait". Geneviève Pastre nous a livré ses Mémoires, au sens propre, comme elles lui revenaient donc. Pour ce portrait, on va faire pareil. C'est sans doute la seule façon de ne pas trahir la "femme en apesanteur" (titre de l'opus), en lévitation presque, qui a traversé la moitié du siècle dernier et aborde ce nouveau avec la légèreté qui sied aux destins particuliers.
"J'ai remonté le temps, de très loin à très près". Comme si le Temps était une série de rushes. Je ne sais pas quel âge elle a. Elle était enfant en 36. Je ne sais pas tout de son enfance, apparemment assez heureuse, même si trop étouffante à son goût. Même si, surtout, on l'a empêché, très jeune, de s‚adonner à sa passion, la danse.
Elle s'est réfugiée dans les études, jusqu'à l'agrégation, de grammaire plutôt que de philo : "Je ne voulais pas de ces grands système. J'ai fait de la philo jusqu'à ce que je j'ose penser par moi-même". Puis, après un détour par le mime, elle plonge dans le théâtre, underground, forcément, tendance "living theatre" et happening : elle parle de la scène comme un "espace vide" à remplir, c'est le titre d'un manifeste de Peter Brook. Elle écrit les pièces qu'elle monte, jamais ò ou très peu ò de répertoire.
Elle a été mariée. Sans amour. A eu deux filles. Avec beaucoup d'amours. Maintenant retraitée, elle a enseigné dans un lycée expérimental, monté une compagnie de théâtre. Elle a toujours cherché un ancrage politique. Elle est curieuse de toute son époque, elle, la spécialiste de l'Antiquité. "J'ai l'impression d'avoir participé à une épopée. Je suis tellement contente de voir de jeunes gens vivre bien leur homosexualité. Dans les générations précédentes, il y avait des déformations de leur personnalité".
Geneviève n'a rien de ces aînés acariâtres qui se plaignent de la tournure des choses, juste parce que la communauté gay aujourd'hui ne ressemble pas à la projection fantasmatique qu'ils en avaient conçue. Mais elle ne se gêne pas pour dire ce qu'elle pense, quitte à balancer quelques vachardises bien senties, mais pas déméritées à l'encontre de ceux qui lui ont mis des bâtons dans les roues.
Dure aussi avec les lesbiennes militantes radicales : "Je leur reproche de chercher à être une "bonne" lesbienne plutôt que simplement une lesbienne heureuse ". Elle se souvient aussi que quand son livre "De l'amour lesbien" est sorti en 1980, ce sont les garçons qui l'ont le mieux accueilli.
Geneviève Pastre n'a rien d'une "femme assise". A son actif : la direction de Fréquence Gaie au début des années 80, des collaborations à la presse féministe et gay, la création d'une maison d'édition (les Octaviennes), une participation active à des mouvements politiques (la liste électorale de Gisèle Halimi "Choisir" en 78, le Cuarh, le "Comité pour un contrat d'union civile", une bonne dizaine d'ouvrages, des colloques à n'en plus finir, une candidature à l'élection présidentielle de 95...

Toujours sur LA scène. "Je ne suis pas une activiste. Je suis poète et danseuse." Et pas moutonnière. Elle décortique avec finesse les relations conflictuelles entre les lesbiennes et les féministes, mais aussi entre les féministes et les gays : " un rapport boiteux". Elle se méfie des systèmes trop abstraits, "énormes marteaux pour écraser une puce", préfère remonter à une source philosophique, catégorie éthique, avec l'individu à la base.
Après des années de militantisme, elle fonde un parti, les Mauves, qui a présenté trois candidats aux dernières législatives. C'est presque une idée technique : "Les associations se situent en dessous d'un projet qu'il faut élaborer. Elles dépendent trop du bon vouloir d'un parti, d'un député qu'il faut courtiser. Avec un parti, on est à égalité." C'est la structure qui l'intéresse, pour faire passer des idées. En l'occurrence, défendre et représenter les minorités, les fédérer, dans un parti qui afficherait que "l'homme est plus important que le citoyen".
Geneviève parle, parle et parle encore, pas d'elle, mais de la vie, de la société, raconte des anecdotes hilarantes, s'enflamme pour un rien. Comme quand on a 20 ans, elle refait sans cesse le monde, car elle sait que ce n'est pas une perte de temps, mais un impératif.

 

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Réédition de De l'amour lesbien - publié aux Editions Pierre Horay en 1980 - aux Editions Horay.

Nous sommes ( encore) heureuses de voir que l'oeuvre de notre éditrice suscite un intérêt à l'intérieur de nos frontières ! Nous souhaitons que nombreuses soient les lectrices ( et lecteurs) à découvrir cet ouvrage, profondément habité et original, dont voici la présentation par l'éditrice :

Se référant à Stendhal qui a offert à l’amour sa bible, son discours de la méthode, Geneviève Pastre donne d’emblée
la teneur de son propos : cet essai n’est pas un livre d’histoire sur l’amour des femmes entre elles, ni un livre desociologie, de biologie, ou de psychanalyse (bien qu’il en traite), mais un ouvrage de réflexion, de libre examen, personnel, qui “essaie“ de faire le point sur le sens, la raison d’être, la valeur pour les femmes d’avoir des relations sexuelles entre elles et d’y trouver une raison de vivre. Un livre de témoignages aussi, donnant la parole à celles qui vivent leur amour contre une société encore archaïque à l’égard des mœurs.

“Un livre pour sous-tendre une réflexion, l’accompagner et la vérifier. Parce que dedans court un choix de vie et de pensée
intimement mêlées. Un essai lumineux et ardent où le mensonge, l’aveuglement, l’ignorance, la violence sont traquéscomme ils doivent l’être, en tant qu’auteurs d’une souffrance infligée en premier à cette partie du monde qui forme la seule majorité y existant, les femmes. Un très beau livre et un livre poète.

Alain Leroi
, Gai Pied Hebdo, 1982.

Geneviève Pastre est la première philosophe de l'existence et de l'émergence, à dénier aux sciences précitéestoute pertinence pour interroger en direction du désir et à restaurer l'expérience éblouissante première de ce désir-ici entre femmes - dans son statut d'expérience philosophique sans autre justification étrangère.
Cette défense et illustration de l'amour entre femmes, comme sexualité, mode de vie et art d'aimer, malgré vingt-quatre ans de luttes incessantes depuis sa première édition, suivies de quelques acquis et changements dans les mentalités, n'a rien perdu de sa pertinence, de sa force, de son éclat solaire et de son actualité.

Geneviève Pastre, agrégée de l’Université, écrivain, poète, chercheuse indépendante (histoire, sociologie, anthropologie, philosophie), femme politique depuis 1978, journaliste, éditeur depuis 1989.

 

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« DE L’AMOUR LESBIEN » et « LE BIEN AIMER » de Geneviève PASTRE

deux livres qui comptent par Marion Page (février 2005)

Il est une voix qu’on n’entend pas assez dans le petit monde de la réflexion lesbienne, une voix à laquelle on ne s’intéresse pas suffisamment en tout cas, la voix de Geneviève Pastre en tant que philosophe. Elle nous propose pourtant un ensemble de recherches et de réflexions sur une philosophie de l’amour et de l’existence à partir de son vécu lesbien, dans une langue à la fois accessible et pleine de vitalité. Une réparation s’impose, nous ne serons jamais assez riches dans le domaine de la pensée lesbienne.
« De l’Amour lesbien » vient d’être réédité, c’est une chance dont il faut profiter. S’il est un livre à vision « politique » de G. Pastre, c’est bien celui-là : l’oppression des femmes et des lesbiennes, la question du changement, des luttes, de la reproduction, en sont les thèmes principaux et récurrents.
Et l’amour ?
L’amour est indissolublement lié au politique et la réflexion lesbienne n’a cessé depuis l’après mai 68 d’approfondir ce thème. « De l’Amour lesbien » est plein de l’amour des femmes, avec notamment des dialogues, des lettres, des témoignages. Il passe de l’allégresse à la colère : une des plus belles pages que je connaisse de dénonciation de l’aliénation des femmes se trouve dans la conclusion.
La critique, d’un point de vue lesbien, des sciences humaines et notamment de Freud dans l’analyse des cas de Anna O. et Emmy von N. est réjouissante et nous laisse rêveuses, celle de la fameuse conférence sur la féminité est également au rendez-vous.
Ayant relu « De l’Amour lesbien » à l’occasion de sa réédition, j’ai remarqué à quel point son contenu est toujours d’actualité, ce qui me paraît être le propre des ouvrages à mettre dans sa bibliothèque, ou à offrir aux personnes aimées…

« Le Bien Aimer », tout aussi passionnant, s’attache plutôt à l’analyse des comportements amoureux et aux réflexions qu’ils suscitent, et nous y retrouvons les grandes questions concernant l’hétérosocialité et surtout l’homosocialité : le goût du placard des unes et le militantisme des autres, l’affichage des rôles, la place de la relation psychothérapique, le caractère créatif de l’amour, le sens des mots pour nous dire : « homosexuelles » ou «lesbiennes » etc., tous sujets qui nous préoccupent dans notre quotidien et c’est cela, une des qualités de ce livre, c’est que nous nous y retrouvons, dans cette langue toujours combative et abordable.
Stendhal avait travaillé avec pertinence sur l’amour hétérosexuel dans son ouvrage « De l’Amour ». Geneviève Pastre commence à élargir les observations à un autre forme de sexualité en y mettant l’essentiel de sa philosophie de l’amour et ouvrant des voies nouvelles :
« …penser que les amours homosexuelles font partie…d’une redéfinition de l’être humain…que la composante « lesbienne » qui rend à la femme toute son autonomie et toute sa plénitude, en est un élément moteur majeur, peut-être plus encore que l’homosexualité masculine.» (Le Bien Aimer p.49) face à « …la force d’inertie des systèmes de pensée quand ils ont le pouvoir et qu’ils ont intérêt à se maintenir… ainsi des comités de bioéthique…. « Mais des esprits libres…participent [à ces voies nouvelles]… parfois avec la pleine conscience de se trouver en tant qu’êtres humains à un point de rupture historique et plus encore celle de la discontinuité fondamentale de l’homme avec la pure nature... » (« Le Bien Aimer » p.29) ).
Déjà, dans « De l’Amour lesbien », édition de 1980, G. Pastre soulignait dans son avant-propos que cet amour lesbien n’avait « pas seulement du charme, du goût (celui du défendu), de la force, mais du sens. »(p.12), qu’il « fait basculer à lui tout seul le monde de l’erreur et de la domination. » (p.15). A la fin du livre apparaît le devoir pour les sociologues de rechercher… « qui est venu à l’existence contre la structure, par en dessous, comme une plante vivace ou un arbre accroché sur les ruines d’une muraille, en plein ciel. ».(p.209).

Ce que j’aime également dans ces ouvrages, c’est le va et vient continu entre le vécu et la réflexion philosophique et politique de l’auteur, joint à ce langage pas trop abscons, soutenu d’images et de formules qui aident à visualiser la pensée et nous poussent à revenir souvent à nous, lecteurs, à notre propre expérience, dans un autre va et vient. Double mouvement qui donne à ces livres une dynamique originale dont le public lesbien ne profite pas assez.
C’est aussi une optique globale, propre au philosophe, qui n’est jamais abandonnée, et qui permet de proposer un regard et une perspective souvent singulières à la fois sur l’individu et sur le collectif.
Ainsi par exemple, les questions de la « sororité », de l’entr’aide avec les gays, de l’aide individuelle apportée par la psychanalyse, de la « tolérance », de l’intégration, des luttes, du droit à la colère côtoient-elles, dans « De l’Amour lesbien », celles de la découverte individuelle de l’amour, du rôle éventuel de l’écriture, du look lesbien particulier à chacune, de l’attitude envers l’amie hétéro…

Dans « Le Bien Aimer », sont abordés aussi la construction sociale de la sexualité, la maternité sociale, la différence, la complémentarité, la symbolique, le structuralisme, les relations de pouvoir, morale et transgression etc. mais toujours à l’aune de la relation amoureuse où nous retrouvons tout ce que nous avons vécu dans le bonheur ou la douleur : les interdits, la rencontre, la conquête, la question de l’enfant, la communication avec l’aimée, se cacher ou non, la passion, le partage, l’illusion, la peur de la perte, la jalousie, les regrets, la fidélité, le choix, le silence, la rupture, les nouvelles amoures, le temps et les rides, les poèmes à l’aimée, tout y est et même la bague…
Mais surtout que l’amour rend belles, que la douleur n’est pas le malheur, que l’amour courtois et intellectuel existe encore, et « qu’aimer c’est toujours marcher sur l’eau ou au bord du toit »…
Ce qui m’a rendu aussi fort attentive, ce sont les nombreuses petites touches originales au fil des pages, les accents mis là où on ne s’y attendait pas, des tabous abordés sans fard, des mises en mots, explicitations et petites réponses bienvenues…certaines formules visionnaires ou percutantes, d’une grande justesse politique concernant des concepts-clés… Bien sûr, j’ai rencontré quelques phrases qui se bousculent un peu, quelques contradictions, et je ne suis pas d’accord avec toutes les analyses, mais justement… il faudrait débattre, là comme ailleurs !
Dans un an aura lieu à Toulouse le 5° colloque international d’études lesbiennes. Le thème : « Tout sur l’Amour », justement. Souhaitons que ces deux livres de Geneviève Pastre y aient la place qu’ils méritent. « De l’Amour lesbien » a été un des premiers à quitter « la maison du maître »*, et à nous montrer clairement le chemin. Il serait temps de s’en apercevoir.
On ne démolira jamais la maison du maître avec les outils du maître. » Audre Lorde 1979


« De l’Amour lesbien » Geneviève Pastre Editions Horay 1980- 2004
« Le Bien aimer » Geneviève Pastre, aux Editions Geneviève Pastre 1995
Signalons que Geneviève Pastre a écrit et édité un essai sur ces symboles de la fureur féminine que sont
« Les Amazones » en 1996

 

EXTRAITS

Le droit à la colère

« …Il aurait fallu commencer par le droit à la colère. Magnifique la colère qui secoue les femmes, et qui leur donne l’éloquence. La puissance de l’invective et de la malédiction.
……………………………………………………………………………………………
Vivre leur colère jusqu’au bout, non point jusqu’à ce qu’elle s’épuise d’elle-même , mais jusqu’à ce qu’elle devienne réflexion. C’est la chance des femmes. Les femmes aiment les paysages violents. Pas pour être violentées, pour subir

cette violence, mais pour participer de cette énergie, l’orage, l’océan, s’y retremper dans le premier élan le plus souvent domestiqué, brisé. La femme plus défigurée par la douceur apprise que par l’effort du cri de colère. La décence, la maîtrise de soi quand on n’est rien, quand on n’a plus rien ?
Participer à l’affrontement contre l’injustice qui nous est faite. Pour arrêter le ciseau qui nous castre (c’est l’homme qui joue à celui qui a grand peur d’être castré, laissez-moi rire !). Une colère énorme gronde en moi.
Certaines touchent au désespoir : je n’aurais jamais dû naître, dit l’une d’entre elles. Une des fortes pourtant puisqu’elle a refusé de connaître l’homme et qu’elle a la puissance de l’écriture.
Tant rusent avec l’ennemi, rivalisent (sans le savoir, chacune dans sa prison) de tolérance (pour se faire tolérer), parce qu’elles sont belles joueuses, parce qu’elles en sont là, matraquées sans pitié et cristal pulvérisé avant d’avoir pu prendre forme et l’on crie au crime de l’avortement ? Combien de millions de cerveaux mutilez-vous avec une belle et sale indifférence et même systématiquement, de quelles tortures vous êtes-vous rendus coupables à l’égard de cet être qui s’avance sur la pointe des pieds avec ampleur et légèreté et que vous croyez être du manque de force et des grimaces pour vous plaire ?

…………………………………………………………………………………………………
Des survivantes des hésitantes des balbutiantes, et même des mortes. Ces femmes me hantent.
Ces femmes parquées comme « ressources biologiques », qui courent avec des paquets et filent le long des rues, et reçoivent l’homme comme on reçoit l’hostie à la messe ou le pain bénit
……………………………………………………………………………………………
ET toutes les autres encore plus mortes, comme des bêtes : « cependant plus de la moitié de la terre habitable est encore peuplée d’animaux à deux pieds qui vivent dans cet horrible état qui approche la pure nature, -ayant à peine le vivre et le vêtir, jouissant à peine du don de la parole, s’apercevant à peine qu’ils sont malheureux, vivant et mourant presque sans le savoir ». Ce texte extrait de l’article Homme du Dictionnaire philosophique de Voltaire aété en fait pillé par lui dans le Dictionnaire des femmes, à l’article Femme. Ecrit en cachette pendant ses promenades par Mme du Châtelet et/ou peut-être avec sa femme de chambre.
…………………………………………………………………………………………………
Nous prenons désormais la dimension épique, la dimension historique, nos allures sont toutes assez souveraines pour que nous prenions la dimension du pur tragique humain (pas du leur où nous ne sommes qu’amoureuses refusées/exclues, ce n’est pas un si grand drame).
La colère est notre première respiration, et nous n’avons de leçons à recevoir de personne. »

« De l’Amour lesbien » édition 2004 p.315 316 317

L’orgueil, le défaut majeur

« Le sentiment, la certitude intérieure, qui vaut amplement la foi dans le domaine religieux, d’avoir éprouvé, pour une femme, pour un homme, pour un/e transsexuel/le, dans quelque condition que ce soit, sa vérité érotique et affective, grâce à un/e autre, la joie de ce don réciproque, est une source inépuisable de vie et de joie, mais il ne doit jamais être vécu sur le mode de l’autosatisfaction et du prosélytisme, pis, de la censure et de la critique, car alors il s’autodétruit, il implose, il crève. On ne peut vivre et aimer que dans l’ouverture à l’autre. On ne peut pas penser la vérité pour l’autre. On aboutit toujours au »contrains-le d’entrer ».
D’une façon plus précise, il est inconcevable de penser la règle en aimant, de chercher l’approbation d’un « Maître » en aimant. L’ivresse d’avoir échappé, d’avoir trouvé dans l’autre l’amour -plus encore que l’amour par l’autre, ce qui est déjà impur- ne doit pas déboucher sur l’orgueil de caste, celui des « élu/es », en dehors duquel tout est vil et misérable. C’est à chacun/e de vivre et je ne voudrais pas que l’on touchât un cheveu de femme ou d’homme, qu’on le/la blessât ou qu’on cherchât à modifier son mode de vie, sa conscience d’être ce qu’elle /il est de l’extérieur, par quelque pression que ce soit. Que l’on ait l’air de contrôler, de censurer la vie amoureuse d’un autrui qui est toujours singulier, engagé dans sa propre histoire, en face de moi, est insupportable. Je ne dois l’approcher qu’avec tact, délicatesse et respect. Ce n’est pas seulement parce l’on ne trouve bonnes que les raisons qu’on a soi-même trouvées, c’est parce qu’un être humain n’est intact que s’il trouve lui-même, « ipse », par progression singulière, le chemin vers sa liberté, vers la plus grande expression de soi. »
« Le Bien aimer » Geneviève Pastre Editions Geneviève Pastre 1995 p. 88, 89

Expérience amoureuse et découverte philosophique

« Tout amour est non seulement questionnement, combat, conquête et reconquête, non seulement au sens banal, conquête de l’autre, mais aussi conquête de soi, et toujours conquête de l’entité nouvelle créé, conquête d’un espace de vie ou simplement de survie, face à des ennemis qui loin d’être imaginaires sont tout à fait objectifs. »
« Le Bien aimer » p.11
« …Même en cette fin du 20°siècle, il aura fallu l’opiniâtreté de beaucoup d’individus déterminés, de groupes exaspérés,
de prises de conscience collective à l’échelle de la planète pour que se dissipe enfin le brouillard de culpabilité, de doute et d’hostilité dans lequel se trouvait celui ou celle qui sentait en lui ou en elle le besoin irrésistible, récurrent, conscient, d’un autre type de relation sexuelle que le modèle général. Il aura fallu cette levée en masse de gens en colère, contre le mariage, contre la fécondité sans contrôle, contre la soumission totale des femmes, pour la libération sexuelle explicite, réciproque et générale, hétérosexuelle d’abord, puis presque simultanément, celle des minorités sexuelles, pour que les sociétés admettent le bien-fondé de ces revendications, d’autant plus nobles qu’elles ne prenaient plus les armes de la majorité pour lutter contre elle, qu’elles s’y refusèrent, et se contentèrent de s’affirmer comme des consciences et des corps libres, parmi d’autres. Il s’agit bien sûr des homosexualités, du travestissement ou transformisme, du transsexualisme. C’est le plus grand bouleversement de ce seuil du XXI° siècle. »
« Le Bien aimer » p.17

« Le clivage n’est pas entre l’hétérosexualité classique et les autres pratiques qui seraient des perversions, (ou des formes immatures, ou des pratiques occasionnelles libératoires, qui, discrètes, ne remettent pas en cause le système), mais entre une conception de l’amour (y compris physique) archaïque et perpétuée jusqu’à aujourd’hui, monolithique, imposant sa domination absolue sur tous les êtres conçus seulement comme citoyens et sur lesquels règne la loi, et une conception ouverte, ludique et exploratoire, inventive de la relation sexuelle avec un autre être humain, sans a priori ni pré-jugés, qui peut aussi bien inclure la modalité traditionnelle, du moment qu’elle est relativisée, que toute autre.
Ainsi réactualisée en fonction des réflexions des deux derniers siècles sur la nature de l’homme, la conception de l’être humain, une nouvelle hypothèse sur la place qu’il occupe dans la nature et l’ensemble des êtres vivants et sur le type de relation qui existe entre lui et cette nature [cette exploration] lui permet d’innover. La composante éthique, inhérente à l’être humain, n’est pas une limite extérieure imposée par un pouvoir spirituel et politique (voire policier) et qu’on appelle communément morale (ensemble de règles à suivre), mais une dynamique interne, qui est une clarté de l’intérieur. »…
« Le Bien aimer » p. 26-27

« C’est pourquoi en particulier, l’amour d’homme à homme et de femme à femme est une expérience qui n’a rien à voir avec l’image qu’en donnent la société et le vulgaire, il dépouille la relation à l’autre de toute la symbolique dans laquelle l’amour hétérosexuel est jusqu’ici enfermé, qui le délimite tout en le supportant, comme par en dessous. Il met à nu l’écart essentiel entre deux êtres, liés pourtant par le désir, le plaisir et l’affectivité si particulière de la relation charnelle. Il désacralise ce qui a été signifié comme sacré (ou selon nos normes sans dieux) normal, légitime, il appelle à une nouvelle verbalisation, à une dénomination quasi impossible sinon par les acteurs eux-mêmes, provoquant le langage dans ce qu’il a de fermé sur lui-même. En outre cette situation singulière n’est pas seulement effort de surgissement, émergence, mais l’apparition de ce que le rapport amoureux a de plus étonnant au sens philosophique du terme ( ébranlant le sens commun, note de M.P.)), car il n’est pas chargé de toutes les valeurs qui soutiennent et masquent les comportements reconnus.
Le dénuement symbolique dans lequel se trouve l’amant/e homosexuel/le renforce, si l’on a tant soit peu développé par l’éducation, ou par l’exercice, le sentiment aigu de l’existence, et enrichit le minerai du désir, jusqu’à en faire un métal éblouissant, éclairant le questionnement de l’être. L’intersubjectivité aiguisée, dégagée aussi du trop plein symbolique et social qui accompagne et imprègne les amours traditionnelles, met les esprits et les corps en alerte, quand ils heurtent l’obstacle absolu du vide…
« Le Bien Aimer » p.40

Ceux à qui, comme nous l’avons dit, on a développé les germes de la réflexion qui étaient en eux (ils sont en tous), accèdent à cette découverte extraordinaire de l’unicité de l’expérience amoureuse et de celle de la découverte philosophique… »
«Le Bien aimer » p. 41

 

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Tasse de Thé présente Geneviève Pastre : super présentation d'une femme d'exception. Un portrait exhaustif - mais pourrait-il vraiment l'être ? - de notre éditrice. L'article, accompagné d'une photo où se voit la vivacité d'une Geneviève en train de s'exprimer sur un sujet, probablement brûlant, en tout cas avec la verve que nous lui connaissons, titre donc :

Geneviève Pastre
parcours du militantisme à la politique

Un titre significatif de toutes les actions menées par Geneviève Pastre, de 1967 à aujourd'hui : engagement en faveur des femmes et en faveur d'une liberté de penser, d'agir et d'exister pleinement. Participation aux Universités d'Eté Homosexuelles de Marseille, au Congrès de Dakar contre les mutilations sexuelles, émissions à l'ORTB, présidence de Fréquence Gaie, création en mars 1994 d'un parti Les Politides ou Mauves qui ajoute à ses activités celle par laquelle on peut agir sur le monde et la société autrement que par l'écriture. Un parcours qui épouse une personnalité qui a le courage d'être elle-même dans son temps, dans ses choix et dans ses actes.

A découvrir sur la page Plan du site, colonne de droite, rubrique Sujets divers
www.tassedethe.com




A Paris , la librairie Violette and Co vous invite à une rencontre poétique avec Geneviève Pastre, le vendredi 17 février à 19 h.

Dans ce lieu remarquable par la richesse et la diversité des manifestations littéraires proposées, venez entendre Geneviève lire des poèmes de son dernier recueil VIS-A-VIS et INVIA suivi de "L'Etat poétique".

Elle commentera également son essai : Nature / rôle / nécessité / retour de la poésie aujourd'hui / Ce qu'est être poète.

"N'obscurcis pas les fenêtres ö poète
Aide les être à reprendre pied
"
VIS-A-VIS

et

"comme si l'espace coïncidait avec la volonté d'étendre les bras"
INVIA

Librairie Violette and Co
102 rue de Charonne
75011 Paris
Tel : 01 43 72 16 17
www.violetteandco.com/librairie

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Serge et Réal libraires est un endroit chaleureux, convivial et accueillant où l'on trouve, majoritairement en français, littérature gaie et lesbienne, littérature populaire, psychologie, essais, beaux livres et bandes dessinées, en tout, pour le moment, plus de 500 titres; en anglais une centaine de titres auxquels s'ajouteront bientôt des nouveautés. En plus des livres et magazines, nous espérons pouvoir offrir sous peu des DVD de qualité.

Notre petite équipe met à votre disposition tout son savoir-faire afin de vous offrir un service hors du commun. Nous sommes là pour vous conseiller au besoin dans le choix de vos livres; vous avez également la possibilité de commander des titres qui ne sont pas sur nos étagères.

La librairie possède également un coin-café où vous pouvez, tout en relaxant, déguster un café, thé ou jus et feuilleter les livres qui vous intéressent ou tout simplement vous reposer au soleil dans une atmosphère calme et musique discrète.

De plus, au programme, des rencontres avec des auteurs, des débats, des lectures publiques, des lancements et des expositions d'oeuvres d'artistes tout au long de l'année.

Même si vous habitez loin de Montréal, lors de votre visite dans la métropole, venez nous dire un petit bonjour, nous vous accueillerons avec plaisir.

Serge et Réal

1455 rue Amherst H2L 3L2
Montréal
Tél. 514 527 7759
Email : libraires@bellnet.com

 

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Catherine Hubert expose une merveilleuse série de toiles du mardi 6 juin au vendredi 7 juillet, à la Galerie-Bar La Champmeslé.

«  Les Toiles de mer  » vous attendent de 16h à l'aube. Horaire épatant pour celles qui travaillent ou pour les noctambules. Les fondus délicats de Catherine, ponctués de motifs de barques et d'oiseaux voguant, volant sur des bleus intenses ou embués, des roses rouges ardents, des jaunes d'or et d'ocre ne seront jamais mieux perçus que durant ces heures magiques decrépuscule et de nuit. ( Même si on les perçoit très bien en plein soleil, évidemment !  J Note de la webms)

Galerie Bar LA CHAMPMESLÉ

4, Bruno Bisaro en récital au bar La Champmeslé, le samedi 10 juin à 19 h. Il nous lira avec sa ferveur habituelle des extraits d'oeuvres de Pierre Ronsard et Geneviève Pastre

« Remontrance au peuple de France » de Pierre de Ronsard (1562)

« Arthur Rimbaud ne s'était pas trompé » (1985) ainsi que des séquences choisies du récit-poème Octavie ou la deuxième mort du Minotaure (1985 et 1998)

Entrée libre
Renseignements au 06-63-98-00-71

La Champmeslé Bar
4, rue Chabanais
75 002 Paris
Métro : Pyramides-Palais Royal-Bourse

" Il est vivement déconseillé aux dames qui fréquentent les grands théâtres (citadins) et qui ne manquent aucune «première» de Strehler, Visconti ou Zeffirelli, d'assister aux représentations du nouveau théâtre.

Si par hasard elles s'y rendent, dans leurs visons symboliques et pathétiques, elles trouveront une pancarte à l'entrée avertissant que les dames en manteau de vison seront dans l'obligation de payer le billet trente fois plus cher que son prix normal (au demeurant extrêmement bas). Cette même pancarte, en revanche signalera que les fascistes (à condition d'avoir moins de vingt-cinq ans) auront droit à l'entrée gratuite. On y lira, en outre : « Prière de ne pas applaudir ». Les sifflets et les désapprobations seront   admis naturellement."

Pier Paolo Pasolini, Manifeste pour un nouveau théâtre

rue Chabanais,
75002 Paris
Tél. 01 42 96 85 20

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Le défilé

Le nouveau roman d'Anne Michel nous entraîne, au coeur d'une ville inquiétante, dans les coulisses d'un défilé de mode très particulier. Sous la féérie d'un spectacle éblouissant oeuvrent en silence des forces obscures gouvernées par un personnage symbolique de la toute puissance de l'emprise masculine sur le monde, en particulier sur les femmes. Dans ce récit, pas de jugement de valeur, aucune justification aux actes des personnages : seulement une réalité crue, dérangeante, violente qu'enrichit le raffinement des descriptions, qu'adoucit la relation pudique entre le héros et l'énigmatique Miss Moon.


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Notre Légende suivi de Rose du jour

L'histoire de ce recueil est rès belle et significative d'une nouvelle culture : celle du Net, qui permet de voler par-delà les mers et les frontières pour trouver l'amitié, de créer des liens forts, originaux entre les personnes.

Au début de l'année 2004, Anne Michel reçoit dans sa boîte Outlook un message d'une internaute la complimentant d'un texte qu'elle a lu d'elle sur le site québecois O'Zelles. Cette internaute s'appelle Huguette Bertrand : québecoise, poète, éditrice. Une correspondance se noue, des idées et des opinions s'échangent. Voici qu'Huguette doit venir en France ! Vous imaginez bien que ni l'une ni l'autre ne vont manquer l'occasion de se rencontrer... Une belle journée s'ensuit à l'issue de laquelle Anne donne à Huguette un choix de poèmes. Celle-ci qui avait apporté quatre recueils de ses poèmes publiés aux Editions En Marge , repart donc à nouveau lestée de poésie. Vous devinez la suite ! Les poèmes d'Anne plaisent à Huguette qui en demande d'autres pour un recueil et c'est Notre Légende suivi de Rose du jour, édité par des éditions québecoises. C'est tout simple mais c'est merveilleux. Nos ancêtres les Gauloises auraient cru que le ciel leur tombait sur la tête si on leur avait raconté qu'une barde lisait des poèmes dans les airs au-dessus de la mer !

Maintenant, à vous de découvrir les poèmes...

"Un poème n'est pas formule à analyser, message à décrypter, texte à désosser pour faire fonctionner l'horloge de l'intelligence. Un poème est fontaine qui désaltère une gorge assoiffée, chant pour apaiser un être blessé, ode pour accompagner une âme exultante. Les mots du poème doivent aller toucher votre coeur, se glisser en lui là où il est le plus vrai, y demeurer nichés tels des oiseaux dont l'aube, la nuit ou ie plein jour révèlent le besoin de célébrer la vie, la nature et leur propre force.        

Je pourrais tenter d'expliciter le projet et lesens de cette écriture qui nomme Ville morte , D'une femme l'autre, Epanchement ou Rose du jour . M'emparer de ces titres et vous dire : « J'ai voulu exprimer ceci... cela ». Ce que je vous préfère vous demander, c'est : « Laissez-vous prendre par les paroles, laissez-vous bercer, émouvoir et puis, emporter. Abandonnez-vous comme dans l'amour. »

Le poème est un jardin semblable à celui de la couverture avec ses allées fleuries, ses cyprès, ses érables sycomores et son bassin carré de marbre clair, L'eau y frémit sous le ciel grand ouvert à la lumière Le poème est regard qui reçoit cette clarté mais perce aussi les secrets d'un lieu moins éclairé. Le poème est à lui seul un jardin à la fois mystérieux, incarné et aérien. Nul ne pénétrera dans ses chemins, nul autre que vous."     

Anne Michel

En vente

Librairie du Québec
30, rue Gay-Lussac
75005 Paris
Tél. 01 43 54 49 02

Violette and Co
102, rue de Charonne
75011 Paris
Tél. 01 43 72 16 07
violette@violetteandco.com
www.violetteandco.com

Sur adventice.com

 

 

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Octavie de Geneviève Pastre en Roumanie

Roumanie
"Ce livre, "Octavie ou la deuxième Mort du Minotaure" de Geneviève Pastre (voir à la rubrique Auteur), traduit en roumain par Octavian Logigan (poète et éditeur) était prêt à paraître au printemps ou dans l'été 2004 aux
Editions Wordland International Publishers à Bucarest.
Nous n'avons plus aucune nouvelle depuis plus de huit mois malgré nos
appels....
Aurait-il été victime d'une censure? Vu l'ouverture récente de la Roumanie
à ces questions touchant les droits de l'homme, nous ne le pensons pas, mais
nous sommes un peu inquiètes. Contactez-nous si vous avez des informations.
Merci.
Editions Geneviève Pastre, 67 rue saint Jacques 75005 Paris.
www.gpastre-editions.com et publishers@wordland.ro

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Dernière mise à jour : 8 juin 2006